témoignage devenir papa en étant médecin prélude

INTERVIEW - Jérémie : Les yeux de père et ceux de médecin

Voici l'histoire de Jérémie, sa femme et lui sont tous les deux médecins et il nous raconte comment il a vécu l'arrivée de sa fille en tant que tel, comment leurs nombreuses gardes en internat les aident à tenir le rythme des réveils la nuit et comment il vit aujourd'hui le retour au travail alors que sa femme est en congé maternité.

Clémence : Bonjour Jérémie merci beaucoup de participer à ce podcast, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Jérémie : Alors je suis Jérémie, j'ai 31 ans, je suis jeune papa depuis deux mois hier, je suis médecin ophtalmologue donc moitié chirurgien, moitié médecin et je travaille à l'hôpital.

D'accord, ta petite fille s'appelle comment ?

Jérémie : Ma fille s'appelle Penélope !

Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de la grossesse de ta femme et de ton ressenti pendant cette grossesse ?

Jérémie : Pour les hommes c'est toujours un peu compliqué, c'est difficile de se rendre compte qu’il y a un être qui va apparaître du jour au lendemain, qui pousse dans le ventre et qui d'un coup sera avec nous. Le côté médecin ajoute parfois un peu de stress, parfois permet de comprendre un peu mieux ce qui se passe pendant la grossesse.

Pendant la covid c'est un peu moins de tentations pour la maman et pour le papa parce qu'il n'y a pas toutes les soirées avec les copains avec un peu d'alcool et tout ça donc la grossesse pendant la covid c’est finalement assez sympa ! On se retrouve à deux et on partage, la grossesse c'est un peu long pour le papa comme pour la maman mais on en vient à bout finalement et on est content quand c'est fini, surtout la maman.

Est-ce qu'il y a des moments où tu commençais à réaliser quand le bébé bougeait ou à d'autres rendez-vous médicaux ?

Jérémie : Les mouvements du bébé, donc les premiers mouvements, c'est vraiment la première fois où on réalise un peu en tant que papa, enfin pour moi en tout cas, ensuite c'est les échographies qui rendent la chose un peu plus concrète. Les premières échos même avec un oeil de médecins ça reste très abstrait mais les échos suivantes, notamment avec la 3d on n'avait pas forcément demandé mais elle l'avait sur son échographe, donc avec la 3d c'est vrai que ça change tout. On a l'impression de voir le bébé au sein du ventre et là pour le papa c'est important parce que l'on peut enfin se rendre compte de ce qui se passe, même si jusqu'à l'accouchement c'est difficile de réaliser.

Comment s'est passé l'accouchement ?

Jérémie : Alors l'accouchement on a eu de la chance parce que j'ai pu assister ce qui n'était pas le cas, je crois, pendant la période Covid. Donc l'accouchement s'est bien passé, on était à la maternité Port Royal et c'était une super équipe, on a vraiment passé un bon moment si je puis dire. Sophie, mon épouse, a été déclenchée pour un problème médical mais sans gravité du coup on n'a pas eu ce ce stress d'aller à la maternité au dernier moment, on était déjà sur place. On a eu un peu le stress quand même du déclenchement parce que c'est un peu moins naturel mais ça s'est très bien passé et elle a pas eu beaucoup de douleur car la péridurale est arrivé assez vite et l'accouchement s'est déroulé sans problème assez rapidement également. Avec un regard de médecin on arrive à se protéger des émotions pendant assez longtemps mais il y a un moment où quand même c'est difficile de se protéger et où ça monte.

Est-ce que tu avais étudier cette partie là en médecine, tu savais un peu comment ça devait se passer ?

Jérémie : Ouais on passe tous par des stages plus ou moins concrètement en gynécologie, en obstétrique et donc on a au moins des souvenirs de bouquins si ce n'est des souvenirs réels de patientes. En l'occurrence moi j'étais passé en gynéco-obstétrique donc j'avais vu ça et c'est vrai que quand ça nous arrive à nous c'est quand même un peu différent. J'étais bloqué sur le scope et sur sur l'électrocardiogramme du bébé pour éviter d'avoir les émotions qui monte mais c'est quand même un moment incroyable dont on essaie toujours de se protéger de ses émotions mais ça c'est magnifique.

Est-ce que les digues de l'émotion ont lâchées à un moment ?

Jérémie : Les digues de l'émotion ont lâchées avant, pas sur le moment même de l’accouchement, elles ont lâché au moment du passage en salle de naissance mais ensuite j'ai réussi à me reconcentrer sur le technique et bien sûr quand l'enfant arrive. Une émotion forte c'est quand j'ai vu la sage-femme tendre le bébé à Sophie qui vraiment était elle dans un état d'émotion extrême entre la poussée, la fatigue, le déclenchement et la rencontre avec le bébé c'était incroyable. Pour moi au départ c'était un peu comme un étranger jusqu'à ce que je l’ai dans mes bras et où finalement le lien se crée mais c'est vrai que c'est la première fois qu'on a un contact direct avec l'enfant en tant que papa.

Et ensuite vous avez pu remonter tous en chambre ou Sophie est seule ?

Jérémie : Non on est remontés tous ensemble en  chambre donc avec une seule contrainte c'était qu'effectivement je ne pouvais pas passer la nuit sur place. Donc la première nuit je suis resté jusqu'à 6 heures du matin et on m'a viré gentiment avant que la prochaine équipe n'arrive donc je passais la journée et je m'en allais le soir avant de revenir le lendemain matin vers 10 heures.

Comment ça se passe concrètement les premiers jours avec un petit être comme ça qu'on connaît peut-être médicalement mais qu'on découvre ?

Jérémie : C'est nouveau et ça remplit complètement la pensée, les actions, on pense qu'à ça, on ne fait que ça. Tout est à découvrir, tout est nouveau, certaines choses sont stressantes heureusement à la maternité on est bien entouré par les sages femmes, les infirmiers, la puéricultrice… donc on nous apprend bien. Moi j'ai trouvé, en tout cas mon expérience, qu'elles étaient très à l’écoute. Je dis « elle » parce qu'il y a quand même très peu d'hommes dans ce milieu et c'est vrai que quand on arrive à la maternité on a un peu l'impression d'être au gynécée il y a les papas qui déambulent l'air un peu hagard dans les couloirs et sinon il y a quand même que des femmes en soignantes et elles sont très disponibles, très à l’écoute, ont vu toutes les situations et donc ça rassure énormément. Au départ tous les gestes sont nouveaux, il faut apprendre comment le tenir, comment lui faire prendre le bain, comment nourrir. Sophie a donné le biberon dès le début donc on a pu se partager les tâches dès les premiers jours donc je pense que ça c'est quelque chose qui est important pour le couple et pour le rapport à l’enfant. L’allaitement, on l’apprend bien en médecine, c'est quand même le mieux mais c'est vrai que le fait de pouvoir part.

Est-ce que concrètement tu as des conseils pour la maternité, des objets ou des décisions de couple qui vous ont aidé ?

Jérémie : Oui alors pour la maternité je pense que c’est la covid qui a aidé mais il y a quelque chose qui a qui a été très plaisant c'est de ne pas avoir de visites dans les premiers jours parce qu'en fait on ne sachant pas et ne connaissant pas, récemment on est allés visiter la belle-soeur de Sophie qui a couché très tôt. On est allé le deuxième jour après la naissance et on se rend pas compte en fait l'état d'excitation et en même temps de fatigue dans lequel est la maman. Donc en fait c'est vrai que là les visites étaient interdites pendant la période Covid et ça nous a beaucoup aidés, on était finalement très content qu’il y ai pas de visite à l'hôpital pour pouvoir se retrouver tous les deux avec ce qui allait chambouler notre vie pour les restants de nos jours. C’est un moment privilégié je pense que c'est bien de le garder en couple, enfin trois du moins.

Sophie pouvait se reposer après son accouchement fatigant, le repos je crois que c'est toujours un bien grand mot pour les mamans après parce qu'elle a les montés d’hormones et donc c'est difficile de dormir. On est tellement excité par l'arrivée d'un enfant aussi que c'est difficile de se reposer pour essayer de te replonger dedans.

Est-ce que tu as un moment particulier qui ressort pour cette première semaine avec Pénélope ?

Jérémie : Alors je vais être très égoïste et je vais parler des deux premières soirées où je n'avais pas besoin d'être à la maternité et où j'ai retrouvé mes deux meilleurs groupes d'amis qui faisait des fêtes, du coup clandestine à l'époque il me semble, mais du coup voilà j'ai profité de mes amis, je leur ai transmis ma joie les deux premiers soirs. Alors c'est sûr ça m'a pas aidé à me reposer mais c'était bien de pouvoir en parler avec quelqu'un d'autre quand même et sortir aussi de la maternité qui est quand même un endroit certes très reposant mais avec une odeur très particulière, fin c'est bien de se retrouver, de pouvoir sortir et voir autre chose.

Vous êtes rentrés chez vous au bout de combien de temps ?

Jérémie : On est rentrés au bout de quatre jours parce qu'il y avait ce déclenchement lié à un problème de tension artérielle et donc il fallait bien la surveiller.

Comment s'est passé le retour ?

Jérémie : Le retour c'est le grand saut dans le vide, l'arrivée dans un endroit qu'on connaît bien à deux et qu'on va devoir redécouvrir à 3. Tout est nouveau il faut tout adapter même dans un appartement parfois de taille moyenne à Paris. Les premières nuits, ce qui m'a marqué c'est qu’on découvre tout et qu'il n'y a plus l’aide qu’il y avait à la maternité, notamment la première nuit je me lève pour faire le biberon mais je me rends compte qu’on est complètement dans le noir dans la chambre comme dans la salle de bain et donc si j’allume même la lumière je réveille tout le monde. C'est là que j'ai découvert ce problème et dès le lendemain on a pu s'équiper de veilleuses, ça c'était une des premières choses pour le retour à la maison où on découvre en fait l'utilité de certains objets.

Qu'est-ce que vous utilisiez comme lit ? Pénélope était dans votre chambre ou ailleurs ?

Jérémie : Pénélope était dans notre chambre en cododo, non je n'ai pas la référence mais on avait pris un lit en bois avec de bons commentaires donc qui s'ouvre sur le côté pour laisser une entrée sur le lit parental. J'ai trouvé assez pratique le côté pour pouvoir la bercer facilement, lui remettre sa tétine, lui donner le biberon, pouvoir la prendre facilement dans notre lit pour lui donner un biberon, c'est assez pratique d'avoir une ouverture sur son lit donc ça vraiment vraiment j'ai trouvé ça très bien. Juste attention à la manière dont on prend le bébé quand on est dans son lit, il ne faut pas rester dans la même position, j’ai eu des petits problèmes de dos dans les trois semaines qui ont suivi à force de me tordre dans tous les sens pour la porter mais bon je trouvais la solution pas mal.

On parle des biberons la nuit, comment se passait son sommeil ?

Jérémie : Alors le sommeil, pour l'instant Pénélope est très sage. Alors bien sûr ça reste des biberons toutes les trois heures donc il faut savoir se réveiller assez facilement. C'est vrai que le côté garde de nuit à l'hôpital nous a aidés tous les deux parce que on a fait beaucoup de garde pendant notre internat et c'est vrai qu'on a appris à se réveiller rapidement, être focus rapidement et pouvoir se rendormir assez efficacement une fois le job fait.

Est-ce que tu as des conseils là dessus pour les parents qui n'ont jamais eu ce type d’expériences, qui n’ont jamais fait de gardes ?

Jérémie : Alors oui pour le réveil de toute façon quand le bébé pleure c’est inné et ensuite ce qu'il faut, selon moi et ce qu'on faisait nous en garde, c'est essayer d'oublier tout de suite ce qu'on vient de faire. C'est facile à dire d'oublier qu'on vient de voir son enfant pendant la nuit même si pendant les deux premiers mois c'est toujours une expérience incroyable de voir ses grands yeux ouverts pendant la nuit mais c'est bien d’oublier rapidement pour se rendormir efficacement parce que sinon on tourne dans tous les sens et on arrive à l'heure du deuxième et on a pas dormi ! Un conseil que m'avait donné un de mes collègues justement de l’hôpital, dès le début ne te crois pas plus fort que les autres et dors dès que l'enfant dort, parce que ce que j'ai pas dit et ce qui était très simple aussi pour nous, c'était le congé paternité. J'ai eu la chance d'avoir un congé paternité dans les quinze jours qui ont suivi la naissance et c'est vrai que pour partager ne serait-ce que les nuits, les biberons, tout le poids de cette nouveauté ça m'a paru indispensable.

J'en arrive à la deuxième semaine, est-ce que tu as vu des changements chez Pénélope, des apprentissages, des nouvelles choses ?

Jérémie : Oui la deuxième semaine on a plus de facilité à prendre le bain parce que au départ ça nous faisait un peu peur et puis les premiers bains  elle a pas du tout aimé alors que tout le monde nous avait dit que c'était le moment privilégié où elle allait être tranquille. Donc la première semaine c'était pas du tout l'ambiance et en fait au bout d'une semaine j'ai eu un déclic en lui mettant les oreilles dans l'eau et elle a commencé à arrêter de pleurer parce que elle pleurait beaucoup pour le bain et à se détendre et à bouger un peu ses membres dans l'eau et en fait on a trouvé que c'était un moment sympa le bain avec le bébé et même si on nous l'avait dit, on le redécouvre parce que tout ce qu'on nous dit quand on n'a pas d'enfant franchement on oublie un peu. On comprend mieux le monde des parents et les joies qui font le quotidien, le contraste en fait des joies et des difficultés du quotidien.

Tu me disais qu'elle pleurait peu ?

Jérémie : Ouais elle pleure peu mais mais comme beaucoup d'enfants il me semble qu'on a eu pendant les trois premières semaines un moment de décharge vers 18-19 heures a priori c'est une décharge d'angoise de l’enfant. C'est vrai qu'il est difficile de la calmer donc des pleurs souvent assez impressionnant et sans qu'il y ait eu de d'éléments déclencheurs en particulier, donc ça on nous avait prévenus heureusement et c'est vrai que c'était le moment un peu difficile. Elle pleure peu sauf ces moments là mais on a été très chanceux jusque là !

Qu'est ce que vous faisiez vous la bercer, vous essayer de la rassurer ?

Jérémie : Oui on essaie de la rassurer, de la bercer avec le ballon que Sophie avait pour la grossesse pour préparer son bassin, il a été très utile pour ces passages là en fait on berçait bébé tout en étant sur le ballon, en faisant des rebondissements sur le ballon et donc ça faisait un rebond assez naturel qui lui plaisait et on a réussi pas mal de fois à l'endormir quand même, sur ces périodes là, grâce à ça. C’est quelque chose qu'on utilise d'ailleurs encore pour la deuxième semaine.

Est-ce qu'il y a un moment particulier qui te revient en tête ?

Jérémie : La deuxième semaine on commence en fait vraiment à mieux comprendre le bébé, on a l'impression d'être un peu plus à l'aise dans tout ce qui est nuit, préparation, bercer, discuter. Alors discuter c’est un grand mot mais en tout cas avoir une connexion avec le bébé donc c'est déjà c'est déjà énorme. Après la deuxième semaine elle dormait quand même beaucoup, beaucoup de temps pour l’observer !

Comment vous partagez les tâches ? La maison, pour vous, de Pénélope...?

Jérémie : Alors les tâches de la maison, c'était pas comme pour les tâches de Pénélope, on a tout partagé c'était l'intérêt du congé paternité. Sophie était bien sûr aussi en congé maternité pendant assez longtemps donc pas de problème de ce côté là, on était tous les deux l'esprit totalement focus sur le bébé et on nous avait prévenus qu’effectivement mieux valait avoir un congélateur bien rempli juste après la naissance pour éviter de tomber à court et de ne pas avoir le temps de faire la cuisine. C’est vrai que le fait d'être à 2 simplifie énormément parce que quand l'un était avec elle, l’autre pouvait aller faire des courses donc on a pas eu vraiment de souci particulier dans les premières semaines pour se répartir, c’était assez naturel. En plus, on n'avait que ça à penser, peu de visites avec le contexte sanitaire donc vraiment on était totalement dévoué à la cause.

Donc si je retiens pour les deux premières semaines tes conseils c'est : à la maternité pas de visites pour avoir le temps de se reposer, le fait d'avoir autant de personnels soignants autour qui accompagne bien, au retour à la maison c'est d'avoir un congélateur plein, de bien dormir quand le bébé dort, essayer de vider sa tête pour s'endormir pendant la nuit quand on donne le biberon et un dernier conseil ?

Jérémie : Être deux c'est peut-être le plus important je pense, on a trop entendu effectivement que ces premières semaines allaient être difficiles mais j'ai des cas dans mes collègues qui n'ont pas eu la chance d'avoir le congé paternité ou qui n'ont pas voulu le prendre pour des raisons financières et c'est vrai que c'est pas possible de sacrifier quoi que ce soit pour ces moments là.

Comment ça se passe pour les médecins le congé paternité ?

Jérémie : On est fonctionnaires, enfin en l'occurrence moi je suis encore à l'hôpital donc c'est un congé de 14 jours et il suffit juste de le poser, il faut prévenir à peu près le terme la naissance mais c'est modulable en fonction de l'arrivée du bébé bien sûr. Ce qui est difficile c'est qu'on est quand même dans un rythme toujours un peu particulier, on fait de la chirurgie donc on a des blocs prévu. En l’occurence là Sophie a été déclenché mais la date du terme était un petit peu plus tard et j'avais prévu d'opérer encore jusqu'au vendredi et elle a accouché le vendredi donc j'ai dû me rendre disponible. Mes collègues ont été supers à ce moment là et ils ont pu opérer mes patients, enfin ce que j'avais prévenu et qui avaient acceptés, ont pu être opérés par mes collègues parce qu’il y avait une grande solidarité dans le service.

Donc tu as quand même dû t’arranger au dernier moment ?

Jérémie : Pour le dernier jour oui !

Donc on passe à la troisième semaine, est-ce que tu as un moment particulier qui symbolise cette troisième semaine ?

Jérémie : Oui la troisième semaine c'est l'arrivée du sourire, il me semble que c'est entre trois semaines et un mois et demi. Il ne faut pas s'inquiéter si le bébé ne sourit pas tout de suite mais on a eu le premier sourire à la troisième semaine donc ça c'était incroyable ! Je me rappelle c’était dans le train parce que j’avais quinze jour de congé paternité et ensuite j'avais pris une semaine pour les vacances de noël. Donc on était dans le train pour son premier voyage et elle nous a fait le premier sourire adressé au décours d'un biberon en regardant sa maman, c’est un moment assez magique d'ailleurs on en revenais pas trop et les gens autour de nous dans le train comprenait pas ce qu’il nous arrivait, c’était vraiment magnifique.

Comment ça se passe un voyage avec un petit enfant de trois semaines comme ça ?

Jérémie : En fait trois semaines c'est assez simple parce qu'elle dort quand même entre deux biberons, elle dort beaucoup et donc en fait là c'était deux heures de train en l'occurrence et elle a dormi tout le long à part ce sourire juste après le biberon quand on est arrivés dans le train.

Donc là vous étiez avec la famille ou des amis pendant cette troisième semaine ?

Jérémie : Oui on étaient principalement avec la famille à Bordeaux, rencontre avec ses grands-parents…

Est-ce que ça vous a aidé de pouvoir peut-être passer un peu la main sur certaines choses où vous avez tout garder ?

Jérémie : Oui alors c’est difficile de passer la main au bout de trois semaines quand même on a fait ce cheminement avec le bébé, on a l'impression de le comprendre même si nos parents sont passés par là avant nous et ont sûrement plus d’expérience. C’est vrai que c'est difficile au début de laisser faire nos parents parce que c'est pas la même la même époque, pas la même éducation, on a pas les mêmes codes, on s’est fait engueulé parce qu’on chauffait pas le biberon, des choses comme ça voilà plein de débats.

Et vous arriviez à garder votre cap ou vous avez un petit peu adapté ?

Jérémie : Oui on a assez d’assise pour garder le cap !

Alors ensuite tu as dû reprendre le boulot non ?

Jérémie : Exactement donc à l'issue de cette semaine j'ai repris le travail avec appréhension, alors plus appréhension de reprendre le travail qu’appréhension de laisser Pénélope qu'elle était quand même avec sa maman et que je savais que j'allais la voir le soir mais au final c'est ça qui m'a le plus dérangé parce que le travail ça s'est bien passé la reprise. C'est juste que je m'attendais pas à éprouvé ce manque aussi rapidement dès les premiers jours quand on a passé trois semaines 24/24h avec le bébé, ne plus le voir pendant trois heures en fait c'est déjà beaucoup trop. Il faut s'y faire hein c’est sûr mais j’ai quand même raccourci un petit peu mes journées au départ.

Et quand tu rentrais le soir ?

Jérémie : Ah bah c'était la fête ! Mais au final à ce stade là elle nous reconnaît pas et elle voit des ombres, des formes et quelques couleurs mais je sentais quand même qu'elle reconnaissait notre voix donc le fait que j'étais pas là pendant la journée, petit sourire… difficile de savoir si ça nous était vraiment adressé mais moi ça me faisait plaisir de revenir !

Et à ce moment là, tu prenais le relais de ta femme alors ?

Jérémie : Exactement sauf pour les jours de blocs, il faut quand même être très concentré et donc sur les nuits avant ces blocs là je me levais pas. J’ai un sommeil assez lourd donc j'ai pas besoin de boule Quies mais je sais que Sophie, lorsque c'est à moi de faire la nuit, elle préfère mettre des boules Quies. Petit conseil dodo, dans cette semaine là aussi on a découvert une autre chose de très utiles c'est la boite doseuse avec compartiments pour le lait parce que au fur et à mesure de mettre les cuillère dans le lait en pleine nuit on fini par se mélanger et c'est vrai qu'avoir une boite doseuse où il y a 5 cuillères prête quatre fois d'affilée c'est assez pratique. C’est une petite tour dans laquelle on met les doses de lait en avance pour pouvoir juste verser la poudre la nuit.

Est-ce qu’il y a un moment qui symbolise pour toi cette quatrième semaine ?

Jérémie : Quatrième semaine c'est un peu la joie du retour à la maison après le travail quoi. C’est vrai que c'est unique en fait de rentrer et de retrouver son épouse, son bébé, le concept de foyers prend tout son sens.

Et au bout d'un mois, est-ce que tu as vu des changements chez Pénélope ? Parce qu'un bébé d'un mois commence à s'ouvrir un peu vers l’extérieur !

Jérémie : On avait l'impression qu'elle communiquait quand même beaucoup plus, après elle a pris rapidement du poids aussi donc c'est vrai que ça change la morphologie du bébé. Nous, en étant tous les jours avec elle, on s'en rend pas forcément compte mais quand on regarde les photos de trois jours de vie versus 1 mois c'est sûr que la différence est importante et en fait comme on la voit grandir quasiment tous les jours on s'en rend pas compte, c'est plus les parents qui me disait sur les photos : « Qu’est-ce qu'elle a changé ! ». L'interaction devient aussi plus importante, c'est un peu frustrant au départ un bébé parce qu'on a une interaction qui est limitée. Tout ce qu'on ferait avec un être humain normal n'a pas d’écho, enfin a priori pas d'écho en fait il y en a probablement un, mais en tout cas elle ne montre pas qu’elle l’a reçue. Donc là c'est vrai qu'on commence à avoir des sourires en retour, on a eu un vrai rire ça c'était il y a dix jours donc là c'est très frais mais on est plus à un mois et demi, c’est sûr qu'on sent qu'il y a quelque chose qui se passe, qu’il y a une réaction de plus en plus humaine en fait puisqu’elle apprend aussi tous les jours et donc ça c'est c'est le plus important, je trouve ça impressionnant !

Pendant ce premier mois, vous aviez un pédiatre alors que vous aviez choisi ?

Jérémie : Oui on a un pédiatre qu'on nous a conseillés, on a recoupé différentes informations et on a pas pris un ami exprès pour pas biaiser le jugement. Forcément on a pris dans notre quartier avec les avis des gens du quartier. Il y a un groupe dans le quartier, comme il y a dans beaucoup de quartiers je pense, qui regroupe les papas et les mamans du quartier et qui donnent pleins d'infos utiles sur un groupe Facebook en l'occurrence sur : les bons pédiatres, les bonnes sages-femmes et puis il y a tout plein d'autres choses. Donc en recoupant ces informations avec celles de nos amis et celle de la sage femme, qui est également dans le quartier, on a choisi un pédiatre qui prenait encore de nouveaux patients parce que c'est pas toujours le cas.

Vous lui avez dit que vous êtes médecins ?

Jérémie : On lui a dit qu'on était médecin oui, c’est bien de le dire quand même au départ, c’est pas que ça change la prise en charge mais parfois pour les explications on peut parler en termes médicaux. Pour le suivi justement il y avait quelque chose qu'on a fait quand on est rentré à Noël c'est qu’on essaye de ne pas avoir une vision trop médicalisé de notre enfant, on peut mieux comprendre tout ce qui se passait et en même temps on peut être stressés de savoir tout ce qui est possible quand on voit toutes les maladies possibles en pédiatrie. Donc on est rentrés à noël dans nos familles, on a récupéré les bouquins qu'on avait pour le concours donc heureusement je ne l’ai pas encore ouvert mais c'est vrai que c’est 500 pages qui reprend toutes les pathologies possible du nourrisson et donc voilà on l'a quand même dans notre étagère au cas où mais on espère ne pas s'en servir !

Tu dirais que c'est plutôt rassurant ou stressant de savoir tout ça ?

Jérémie : C’est à double tranchant, en même temps on a l'impression de maîtriser un peu plus parce qu'on est censés être des sachants et en même temps le fait de savoir, comme je disais tout les toutes les pathologies qui peuvent arriver pour des raisons x ou y ou parfois pas de raison du tout, c'est aussi stressant donc c'est un mélange des deux. Je pense que finalement ça revient au même !

Vous avez eu des moments de stress ou d'inquiétude ?

Jérémie : Non à part les pleurs de décharge du soir, à priori c'est assez connu donc on était prévenus mais c'est vrai qu'au départ on se demande si c'est pas une douleur. Comment l'enfant va témoigner d'une douleur par exemple, c’est difficile de savoir au départ mais sinon c'était surtout du bonheur, on a pas eu trop de stress autrement. 

Vous allez terminer le deuxième mois, comment est-ce que ça s'est passé ?

Jérémie : Franchement bien, les nuits s'allongent un petit peu comme je disait il faut composer entre le travail la journée, pour moi en tout cas, et arriver frais pour le bébé pour en profiter au maximum sur la soirée. Les nuits se sont un peu allongées il y a deux semaines avec des intervalles de 6,7 heures pour la nuit mais je te rassure c’est revenus à 3 heures avec la régression du sommeil. C'est frustrant, on avait pas trop conscience et on a l'impression que c'est une courbe linéaire de progression du bébé et c'est vrai que là on a fait une semaine entière quasiment où on s'est réveillé qu'une seule fois dans la nuit et là depuis dix jours c’est revenus comme dans le premier mois.

Quand elle dormait six ou sept heures d’affilée, c'était quoi les horaires à peu près ?

Jérémie : Alors c’était pas toujours parfaitement calé sur nous mais on a quand même eu droit à des 23 heures - 5 heures mais ça c'est des horaires qui sont quand même plutôt pas mal. On se couche et on se réveille une fois et moi parfois 5 heures et demi c'est l'heure à laquelle je dois me réveiller donc ça tombe bien parce que je donne le biberon et après je me prépare. Du coup ça permettait d'avoir une vraie nuit, c’était vraiment pas mal mais c'était pour l'instant une fausse joie puisqu'elle est revenu à des bons 2h30 - 3h là depuis dix jours mais c’était presque stressant le 6 - 7 heures de sommeil, on se demandait si tout allait bien… voilà on est rassurés !

Sur la durée, est-ce que vous arrivez bien à tenir tous les deux surtout toi qui travaille ?

Jérémie : Alors c'est vrai que j'ai beaucoup de chance parce que Sophie fait quand même pas mal les nuits étant donné qu'elle arrive quand même à bien se rendormir. Elle arrive souvent à se rendormir même sur les biberons du matin et ensuite si elles dorment toutes les deux jusqu'à 11h donc c'est c'est assez pratique. Donc elle fait pas mal les nuits, j’essaie d'en faire le week-end et les jours où j'ai pas de bloc les veilles de consultation. Pour moi c'est relativement facile mais Sophie commence un peu à tirer sur la corde, il faut qu'on rééquilibre un petit peu et ensuite elle recommence à travailler d'ici trois semaines donc il faut déjà qu'on se prépare à ça vite. On a l'impression que c'est très loin et en fait ça arrive très vite !

Vous allez faire garder Pénélope ?

Jérémie : Alors on a une place à la crèche de l'hôpital donc c'est très pratique parce que c'est des horaires assez extensible. C'est l'hôpital où moi je travaille, donc c'est moi qui la mènerait le matin et le soir même si il y a des jours où on pourra faire l'un l'autre mais effectivement c'est une crèche avec des enseignants infirmières et des anciennes aides soignantes donc c'est plutôt sympa et les horaires c'est 6h30 - 20h30. Heureusement, on la laissera pas tout ce temps là mais en tout cas il y a un panel assez assez large en cas de soucis.

Comment tu vas faire pour l'emmener parce que l'hôpital est pas juste à côté de chez vous ?

Jérémie : Très bonne question, c'est le débat du moment parce que moi je me déplace qu'à vélo et le vélo c'est trop tôt. Je me suis renseigné mais bon c'est plutôt neuf mois, il faut qu'elle tienne bien sa tête donc ça va être métro a priori et puis dès qu'elle pourra tenir sa tête et que on sera pas trop stressé ce sera vélo.

Vous arrivez à bien sortir avec elle parce qu'il y a eu de la neige ?

Jérémie : Oui donc déjà elle a vu sa première neige, alors là la pluie c'est un peu plus dur mais oui sinon on arrive à sortir parfois il se passe 3 jours sans que ni maman, ni bébé ne sorte, elles s’en rendent pas forcément compte et c'est moi qui revient et qui dis : « Mais vous n'êtes encore pas sorties ? ». Donc voilà ça arrive parfois le cocon est plus fort que tout mais sinon le week-end on fait pas mal de sorties. Au départ, on adorait le porte bébé et on a trouvé ça super pratique parce qu'on a les mains libres, c’est assez physiologique, elle s'endort contre notre poitrine donc on a beaucoup aimé mais elle devient trop lourde pour être portée par Sophie, moi je peux encore mais elle aime moins en fait. Au départ, elle aimait pas pas du tout la poussette et maintenant elle s’endort directement en poussette donc on a commencé un peu un peu changé de mode de transport pour l’extérieur, même si la poussette c’est pas très pratique puisqu'on est au cinquième étage sans ascenseur, qu'on a pas le droit de la laisser en bas et que on peut la mettre qu’à la cave, des problèmes parisiens assez classiques je pense donc le porte bébé reste quand même pratique quand on peut.

Dans tous les objets et cadeaux que vous avez reçus, est-ce qu'il y a des éléments qui étaient plus utiles que d’autres, que vous conseillez ?

Jérémie : Alors il y a des éléments qu'on s’est nous même acheté comme je t'avais dit veilleuse et les compartimenteurs donc ça c'est ce qui change quand même la vie du quotidien. Sinon dans les cadeaux au départ je comprenais pas pourquoi on mettait un pyjama et un body donc je comprenais pas pourquoi on mettait deux fois un habit, en fait j'ai compris après que le body c’était les sous vêtements. On en a eu énormément et au début je trouvais ça inutile d'en avoir 50 et puis j'ai compris donc c'est une fausse inutilité. Dans les cadeaux un peu moins utiles mais qui sont toujours trop mignon, c’est les peluches c'est vrai qu'on en a eu beaucoup et dans un appart de 45 m² on a pas forcément toujours la place de mettre toutes les peluches surtout que c'est pas pour tout de suite puisque pour l'instant elle ne reconnaît pas trop les peluches. Elle arrive à saisir quelques peluches qui sont un peu rigides mais dès que c'est trop elle laisse tomber.

Pour ce deuxième mois, est-ce qu’il y a un moment que tu as en tête particulièrement ?

Jérémie : Tu parlais justement des sorties et c'est vrai qu'on la voit dans les sorties, elle commence vraiment à voir donc là pour le coup elle a un champ de vision qui s'est un peu élargie, je pense qu'elle peut commencer à voir à 1-2 mètres de distance. On voit qu'elle est très curieuse, elle regarde dans tous les sens, elle tourne la tête et regarde les arbres, ce qu’il se passe autour, s'il y a des gens qui se penchent sur le berceau elle les voit, elle tourne la tête vers eux. Ça y est la curiosité est lancée et je trouve ça magnifique parce que ça veut dire que l’interaction arrive et du coup là on va voir entrer dans une phase où on pourra interagir en aller-retour avec elle et c'est assez excitant.

Globalement qu’est-ce que tu dirais sur ces deux premiers mois ? Qu’est-ce qui était le plus beau ? Qu’est-ce qui était le plus dur ?

Jérémie : Globalement ce qui est difficile c'est le changement de rythme je pense, la grossesse mine de rien on peut à peu près continuer à vivre normalement mais comme tu dis c'est un tremblement de terre qui arrive dans nos vies c'est sûr que ça chamboule absolument tout. Pour l’anecdote sur le congé paternité au départ il y a plein de mes collègues qui n’ont pas d’enfants qui m'avaient dit « Non mais le prend pas en entier, on doit opérer et rattraper les chiffres du Covid », et donc c'est vrai que quand on est dans ce rythme là, on a du mal à lâcher même si en fait on se rend très vite compte que c'est au dessus de tout ça. Il faut surtout pas sacrifier ces moments là qui sont hyper importants !

Ma meilleure expérience de ces deux mois du coup c'est qu’il faut profiter à fond du congé paternité, c’est un grand bonheur et si on rate ça je pense que c'est dommage. Petite parenthèse, l'an prochain le congé paternité passe à un mois, on n'est pas encore au stade des nordiques où il y a six mois à partager entre le papa et la maman, ça je pense que c'est un énorme casse tête pour les employeurs mais bon c'est quand même physiologiquement beaucoup plus intéressant.

Ce qui était difficile c’est le changement de rythme, en fait on rentre dans le monde des parents, tous les parents nous préviennent avant que ça va être incroyable que mais je trouve que ça n’a pas d'écho tant qu'on l'a pas vécue. Quand on le vit on comprend tout de suite ce qu’ils voulaient dire, c’est un bonheur de tous les jours, ça dépasse tout le reste, c’est inestimable.

On va s'arrêter sur ces belles paroles, merci beaucoup Jérémie !

Jérémie : Je t'en prie Clémence !

 

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